Mali : à Gao, le spectre du communautarisme est-il à craindre ?
Encore et toujours le problème du Nord. Faut-il craindre le pire avec la tournure que prennent les événements depuis l’attaque meurtrière de Nampala ?
Le pire est-il à venir avec le spectre du communautarisme qui plane sur la cité des Askia ? Quel est le Rôle du Chef de l’exécutif régional
de Gao et de ses collaborateurs dans la gestion on ne peut plus délicate de la série d’explosions de grenade à Gao ?
Dans un contexte de confusion à Gao et du « déjà vécu », donc d’interrogations et de doutes selon les informations distillées çà et là que j’ai reçues lors de mon récent passage au Mali
et que je continue de recevoir depuis mon pays d’adoption, Haïti, il est fort à parier que la situation risque de se détériorer si rien n’est fait du coté de l’Exécutif régional qui est étiqueté
à tort ou à raison de partialité. Ce qui, vrai ou faux, est déjà en soit, dommageable pour la quiétude des communautés noires et blanches de la Cité des Askia.
Une population de Gao, qui comme dans les situations de conflit, pourrait être coincée entre le marteau et l’enclume : « si je ne suis
pas avec toi, je suis contre toi.. » C’est le moment où la population civile a plus besoin de protection contre toute exaction d’où qu’elle vienne.
L’arrestation à Niamey au Niger, du présumé auteur de l’assassinat des quatre touarègue de Fafa, transféré depuis à Bamako, ainsi que de ses présumés complices, détenus à Gao pour lesquels le
Président a promis la mise en liberté lors de la cérémonie d’inauguration de la route Gao-Ansongo- Labezanga; et l’arrestation récente des responsables de la marche de Gao, ne sont pas pour
rassurer, ni pour ramener la confiance entre l’Exécutif régional et ses administrés.
Tout d’abord aucune logique ne pourra convaincre les va t-en guerre, les nostalgiques de Gandakoye, et même les pacifistes de Gao que l’arrestation du leader de Gandaiso est une expression de l’autorité de l’Etat.
D’un revers de la main, le simple habitant de Gao réfute la décision de l’Etat et vous dira sans ambages que la même mesure devrait être
appliquée à Ibrahim Bahanga et à son groupe, avec lesquels l’Etat discute, négocie d’égal à égal.
Du coup, l’Etat risquerait de se trouver en conflit contre tous et à différents niveaux et degrés. Ce qui fait dire à certains observateurs de la cité que Gao est un volcan qui peut à tout
moment se mettre en ébullition si les autorités n’y prennent garde. On peut certes qualifier ces observateurs de « prophète de malheur », mais même à mille lieux de la cité des
Askia, le malaise est palpable et bien réel. La prolifération des grenades explosives enterrées çà et là dans la ville de Gao vient nous rappeler à la triste réalité que vivent les communautés
blanches et noires qui n’aspirent qu’à vivre en paix.
Aussi est-il de notre devoir d'aborder en toute lucidité le problème sans tomber dans la négation de l'autre qui ne saurait être la solution au problème de rébellion si nous voulions éviter ce qui était arrivé dans les années 90.
Sans prétendre donner des leçons à qui que ce soit, puisque n'ayant ni le profil, encore moins l'autorité, je constate simplement que la gestion
de la rébellion, «version Bahanga» est entrain d’échapper à toute logique.
Toutes les tentatives entreprises jusque là par les autorités ont lamentablement échoué et pour cause : Les autorités ont toujours géré le problème de façon cavalière faisant fi des échos
provenant de la population et cela pendant que Bahanga et ses parrains nationaux et étrangers continuent de narguer tout un peuple.
«Trop c’est trop» pourrait bien inspirer les groupes de rap malien et être la chanson top de 2009, mais en attendant, c’est justement ce « trop c’est trop » qui a été utilisé comme prétexte pour renaitre Gandakoye , sous la version «Gandaiso» par des nostalgiques, désœuvrés, sans emploi et sans situation de la défunte Gandakoye, à la différence de leurs «homologues de MFUA», qui, eux avaient l’embarras du choix pour leur réinsertion et réintégration, clame t- on haut et fort à qui veut l’entendre.
Que les autorités n’aient pas eu à prévoir le scenario de la renaissance de gandakoye, me semble être, une faute de gouvernance grave, car gouverner c’est prévoir afin d’anticiper sur les événements.
Puisque le vin est tiré, il faut le boire. Comment les autorités doivent t- elles gérer la détention du leader de Gandaiso, tenue secrète pour raisons d’état, nous dit-on, sans avoir sur le dos, ses sympathisants, voire la population de la région de Gao ? Une population qui dans sa composante noire, s’estime abandonnée à son destin devant la résurgence des enlèvements et autres poses de grenades explosives?
Tel semble être le nœud gordien que nos autorités doivent résoudre au plus vite pour éviter les tristes embrasements des années
90.
A mon avis, force doit rester à la loi et cela sur le territoire national.
Une solution sans l’implication de la population dans toutes ses composantes ne sera qu’éphémère et illusoire. C’est pourquoi le retour de la confiance entre la population de la cité des Askia et les autorités régionales me parait indispensable. Il revient aux autorités compétentes de tirer toutes les leçons du climat de tension et de méfiance entretenu entre l’exécutif régional et la population.
En quoi faisant ? En favorisant la concertation et le dialogue qui semblent être rompus entre l’exécutif régional et la population depuis les douloureux événements de Fafa qui ont laissé un amer souvenir dans la commune rurale de l’ancien Premier Ministre de ATT, Ousmane Issoufi Maiga.
Pour ce faire l’une des solutions pourrait être le départ du Chef de l’exécutif régional qui, pour certains, a atteint son seuil d’incompétence,
et pour d’autres, est partisan dans la gestion du problème, donc juge et partie.
Si son départ de Gao, d’où il détient le record de longévité parmi tous les chefs d’exécutif régionaux à leur poste, pourrait apporter une amorce dans la gestion du problème, alors nos autorités
feront d’une pierre deux coups : faire taire les accusations tous azimuts de partialité de l’Etat dans la détention du chef de Gandaiso, et le retour de l’autorité de l’Etat mise à rude
épreuve ces derniers temps par une population de Gao réputée docile et disciplinée.
« Il est temps de briser la langue de bois pour affronter le problème à bras le corps », me disait récemment un homme politique malien. Vous savez, continua t-il «le chef de Gandaiso, avec les événements qui se précipitent, devient un détenu encombrant pour l’Etat, parce que de plus en plus ATT ne peut pas rester sourds aux échos qui lui viennent de Gao.. »
Qui mieux qu’un ressortissant du Nord, ayant vécu de l’intérieur la rebellion et ses conséquences des années 90, peut comprendre ce qui se couve là-bas à Gao. C’est pourquoi je ne peux rester indifférent à ce qui se passe là-bas dans mon pays, là-bas dans mon nord Mali, même si le destin a voulu que je lance ce cri de cœur depuis le pays de Toussaint Louverture, Haïti : implorer les autorités à s’impliquer aux cotés de toutes les communautés du nord pour le retour de la paix.
Au Nord, touarègue, arabe et songhaï que nous sommes, sont unis par des liens qui ont résisté au temps. C’est pourquoi, là-bas au Nord, tout
"targui", singulier de touarègue, n'est pas rebelle et tout Songhaï n’est pas Gandakoye ou Gandaiso.
En ces temps de peur et d’interrogations sur le communautarisme dans le Nord Mali, le Songhay que je suis, ne peut pas ne pas se refugier dans la légende commune pour se rassurer que l’espoir
supplantera la peur et l’humiliation de l’autre. En effet, la légende de "Surgo n’da Gabibo" voudrait que nous soyons tous unis par un lien de sang, quand la réalité, elle, nous édifie tous les
jours que nous n’avons qu’un seul et unique ennemi à combattre: la misère quotidienne qui pousse encore et toujours nos jeunes sur la route de la mort à la recherche d’un hypothétique bonheur
qu’ils espèrent trouver chez «nos ancêtres, les gaulois » de l’autre coté de la Méditerranée.
Au Mali, où on nous apprend à tous les âges que nous sommes un grand peuple, un peuple divers et uni dans sa culture et sa géographie, nous devons être capables de réunir les ressources
nécessaires pour y parvenir à la paix, Seulement cela nécessite de mettre le prix et d’avoir le courage de ne pas remettre à plus tard les problèmes.
Que l’investiture de Barack Obama, premier Président Noir Américain, qui coïncide avec la fête de notre Armée Nationale inspire nos dirigeants dans la gestion quotidienne des affaires de la Cité, car comme disait l’autre : «Yes, we can »
Port-Au Prince, le 14 Janvier 2009
Yachim MAIGA